
LIVRE VERT
Depuis deux ans, la situation économique s'est sensiblement améliorée dans un nombre croissant de pays ACP. Bien qu'encore fragile, ce redressement pourrait s'avérer durable et avoir des effets d'entraînement sur d'autres pays dans la mesure où l'amélioration des politiques économiques pourra se poursuivre.
Sur longue période toutefois, les pays ACP ont jusqu'à présent connu des performances médiocres, globalement inférieures à celles des autres pays en développement. Ceci est particulièrement le cas pour l'Afrique sub-saharienne, qui apparait actuellement comme la région du monde qui connait le plus de difficultés. De nombreux indicateurs illustrent ce constat:
Ce bilan global recouvre cependant des situations très contrastées, et, comme dans d'autres régions en développement, les écarts entre les pays africains ont tendance à se creuser.
Le niveau moyen du revenu par tête qui était de 460 USD en 1994 en Afrique sub-saharienne, recouvre des valeurs qui vont de 80 et 90 USD au Rwanda et au Mozambique à 600 USD en Côte d'Ivoire ou au Sénégal, et à 3000 USD environ au Botswana et à Maurice.
Les perspectives d'évolution pour les années qui viennent suggèrent en outre une différenciation de plus en plus marquée entre les pays qui font preuve d'une capacité à mener des politiques crédibles de développement et les pays en proie au cercle vicieux de la violence et de la pauvreté. Les pays couverts par le Programme Spécial pour l'Afrique, ont enregistré des performances de croissance particulièrement encourageantes ces dernières années; la croissance du PIB y a été en moyenne supérieure de 1.5 point à celle des autres pays d'Afrique sub-saharienne pour les années 1994-96 (en valeurs médianes). Cette accélération de la croissance a été liée à une progression de leurs exportations et à une hausse du taux d'investissement, qui est désormais proche de 20% du PIB. L'accroissement des investissements privés est notamment significatif d'une amélioration notable du climat économique dans ces pays. Autre signe encourageant, l'amélioration des performances a été pratiquement continue depuis la mise en oeuvre du SPA en 1987.
Dans les Caraïbes, à l'exception de Haïti, qui figure parmi les pays les plus pauvres de la planète avec un revenu moyen de 230 USD par tête, de la Guyana et du Suriname, la plupart des pays se situent dans la catégorie des pays à revenu intermédiaire, certains dans la tranche supérieure comme Trinidad & Tobago (3740 USD par tête); la Barbade appartient à l'élite économique de la région. Dans l'ensemble cependant, les performances de croissance demeurent trop faibles - même en excluant Haïti, la croissance moyenne du PNB par tête a été inférieure à 1% par an depuis 1990 -, et l'incidence de la pauvreté est élevée. Les indicateurs sociaux révèlent toutefois que, pour un même niveau de revenu, la situation en matière de santé et d'éducation est moins défavorable qu'en Afrique sub-saharienne; ceci reflète les progrès accomplis au cours des décennies précédentes, par des politiques qui ont mis l'accent sur les besoins fondamentaux. Ces acquis sont toutefois menacés depuis quelques années, par l'effet des pressions budgétaires qui ont particulièrement affecté certaines dépenses sociales, dans le contexte des efforts de stabilisation macro-économique et d'ajustement structurel.
L'investissement étranger direct est en hausse depuis le début des années quatre vingt-dix dans la plupart des pays des Caraïbes, à l'exception des pays les plus pauvres, en réponse à l'amélioration des politiques économiques. Cependant les conditions d'une diversification des activités du secteur privé sont encore loin d'être réunies, et la dépendance à l'égard des exportations de quelques produits agricoles (essentiellement les bananes, le sucre et le riz) et de produits miniers demeure forte. Leur caractère insulaire confère en outre à la majorité de ces pays une vulnérabilité particulière aux facteurs climatiques et aux phénomènes naturels, et accroît considérablement le coût par habitant des investissements et infrastructures économiques et sociales.
Les huit Etats ACP du Pacifique forment un ensemble relativement hétérogène tant du point de vue économique que culturel. Le pays le plus important, PNG, représente 70% de la population de l'ensemble, soit un peu plus de 5 millions de personnes, le plus petit, Tuvalu, comptant à peine 9000 habitants. Dans cette région aussi les écarts de niveau de vie sont considérables, allant de 710 USD par tête au Kiribati à 2130 USD à Fiji. Le caractère insulaire et la très petite taille de ces économies les rendent très vulnérables aux facteurs extérieurs; elles sont fortement dépendantes des échanges commerciaux et sont exposées aux catastrophes naturelles (cyclones, etc).
Le constat de la diversité croissante des conditions économiques et sociales incite à sub-diviser le groupe des Etats ACP en plusieurs catégories de pays. Sur la base des réalités d'aujourd'hui, il est en effet possible de distinguer entre:
Si cette typologie peut être utile en termes d'analyse, il convient toutefois d'en souligner les limites quant à ses implications pour la politique de coopération. Ces catégories s'avèrent en effet très instables, et sur longue période de nombreux pays africains ont connu de brusques renversements de situation et en connaîtront encore. Ainsi, des pays qui avaient enregistré d'assez bonnes performances ont connu des bouleversements majeurs. Tel est par exemple le cas du Rwanda, ou encore du Nigeria où les bouleversements politiques ont imprimé un brusque coup d'arrêt aux réformes. A l'inverse, certains pays qui ont connu une longue période de récession figurent actuellement parmi les exemples de réformes réussies; le Ghana, l'Ouganda, illustrent ce cas de figure.
Dans ce contexte, il est donc indispensable de porter un diagnostic d'ensemble sur les difficultés auxquelles les pays africains ont été et risquent de demeurer confrontés.
La moindre croissance du produit par tête en Afrique sub-saharienne par rapport à d'autres régions en développement peut être associée à plusieurs facteurs. Du point de vue économique, elle résulte à la fois d'un taux d'investissement plus faible, d'une croissance démographique plus forte, et d'une moindre progression de la productivité des facteurs, elle-même liée à des politiques économiques inadéquates. Indéniablement, l'Afrique a souffert de mauvaises politiques économiques, caractérisées par des déficits publics élevés, des taux de change surévalués, une réglementation excessive des marchés, des distorsions induites par le protectionnisme, un secteur public mal géré, toutes ces conditions ayant eu pour effet de décourager le secteur privé. Les facteurs extérieurs ont sans aucun doute joué un rôle non négligeable dans ces mauvaises performances, en raison d'une vulnérabilité particulière des pays ACP aux fluctuations des marchés des produits de base, aux conditions monétaires internationales et aux contraintes de l'endettement extérieur.
En poussant plus loin l'analyse et en cherchant à identifier les éléments qui, sur longue période, ont soit réduit l'efficacité des politiques de développement en Afrique, soit témoignent de l'adoption par les pays africains de politiques moins favorables à la croissance que ne l'ont fait d'autres pays dans d'autres régions, deux types de facteurs se profilent: des caractéristiques structurelles défavorables et un environnement présentant un degré élevé de risque. La difficulté de mener de bonnes politiques économiques, le fait que les ajustements et les réformes s'avèrent plus difficiles en Afrique qu'ailleurs, semblent en effet liés à l'existence de handicaps initiaux d'une part, aux facteurs d'instabilité qui prévalent en Afrique d'autre part.
Parmi les handicaps initiaux, présents au début des indépendances et qui semblent avoir exercé une influence durable sur les conditions du développement en Afrique sub-saharienne, les niveaux d'éducation particulièrement bas, même si on les considère relativement au niveau du produit par tête, et la croissance démographique plus rapide que dans toute autre région en développement, ont sans aucun doute engendré des besoins excessivement importants par rapport aux capacités des Etats.
Sur un autre plan, un esprit d'entreprise relativement peu répandu, explique aujourd'hui la faiblesse de réaction de l'offre à des politiques plus incitatives après plusieurs décennies d'interventionnisme administratif.
L'Afrique sub-saharienne a aussi été la région du monde sujette aux plus fortes instabilités. Les conditions climatiques engendrent des difficultés particulières, qui se reflètent dans l'instabilité d'une production agricole dont l'importance économique et sociale demeure forte. L'instabilité des recettes d'exportation, des transferts d'aide publique et des flux de financement extérieur, qui à leur tour induisent une instabilité du volume des importations, ainsi que l'instabilité monétaire interne, à laquelle n'ont échappé que quelques pays et les pays de la zone franc, constituent autant d'obstacles à la croissance.
A ces différents facteurs d'instabilité économique s'ajoute une forte instabilité politique, qui pèse largement sur le climat de l'investissement et sur le développement de l'activité économique en général. Le manque de transparence dans la gestion de la chose publique, la mentalité rentière et le clientélisme des élites au pouvoir, ont réduit la capacité des Etats à assumer leurs responsabilités. Ces problèmes de "governance" compromettent les efforts de développement social, qui requièrent continuité des politiques et vision de long terme, et contribuent à retarder les effets de l'ajustement structurel, dans la mesure où ils alimentent l'attentisme des investisseurs.
L'instabilité politique, l'affaiblissement des Etats et leur incapacité à mettre en oeuvre des politiques de développement, la criminalisation croissante des sociétés, la violence organisée et la prolifération de conflits armés d'un type nouveau, avec leurs conséquences aux plans humanitaire, social, économique, environnemental, figurent parmi les caractéristiques de l'évolution récente dans un certain nombre de pays ACP.
Les raisons de ces crises remontent en partie à l'héritage des régimes coloniaux, caractérisés par un mode de gestion fortement centralisé et interventionniste, et par l'établissement de frontières sans rapport avec les affinités sociologiques.
Elles résultent aussi de la dérive autoritaire des régimes politiques lors des deux ou trois premières décennies de l'indépendance favorisée par le conflit Est-Ouest, et à une utilisation du pouvoir très souvent soumise à des intérêts particuliers et de court terme. Le mauvais fonctionnement des services publics, le gonflement excessif du secteur para-étatique, la détérioration des infrastructures, et la difficulté de mobiliser les recettes publiques, sont autant de signes les plus évidents des dysfonctionnements accumulés.
La persistance de la crise économique, précipitée au début des années 1980 par la baisse des prix des matières premières, la hausse des prix pétroliers et les perturbations monétaires internationales, a diminué les revenus des Etats et la valeur réelle des rémunérations, a modifié la structure des rentes et la répartition des richesses, induisant un glissement vers les activités informelles mais contribuant aussi à un accroissement sans précédent de la fraude et des trafics illicites, qui s'insèrent désormais dans des réseaux internationaux.
C'est dans ce contexte qu'au cours des quinze dernières années, trois facteurs nouveaux ont contribué à l'affaiblissement des structures de gouvernement et aux phénomènes de désintégration sociale:
Des signes positifs apparaissent néanmoins aussi, dans la mesure où les échéances des élections, une plus grande liberté de la presse, la mise en place de structures consultatives qui permettent au secteur privé, aux communautés de base, à des organisations de femmes, aux ONG, de faire entendre leurs voix, rendent le débat possible et sont des étapes importantes vers une gestion plus transparente. La demande croissante des sociétés dans les ACP pour un développement plus participatif et plus respectueux des besoins des individus constitue un important facteur de changement.
Les difficultés de gestion politique existent certes à des degrés très divers d'un pays à l'autre. Cependant elles entretiennent un sentiment d'incertitude généralisé, qui affecte non seulement les pays touchés par les troubles les plus graves, mais qui tend aussi, en Afrique sub-saharienne du moins, à réduire la confiance vis-à-vis de l'ensemble du continent. Ce "déficit de confiance" contribue pour une large part à la faiblesse et à l'instabilité de l'investissement en Afrique, en particulier de l'investissement étranger, en même temps qu'il pèse sur la légitimité de l'aide au développement.
Les troubles, parfois profonds, liés à la déstabilisation politique et sociale ainsi que les difficultés rencontrées dans la mise en oeuvre de politiques économiques de croissance, qui ont persisté en dépit de quinze années d'ajustement et d'assistance des institutions financières internationales, apparaissent comme les deux maux majeurs de l'Afrique sub-saharienne aujourd'hui.
Dans de nombreux pays les conditions minimales de paix et d'une gestion économique satisfaisante ne sont pas remplies. On peut estimer qu'actuellement, 30% seulement de la population d'Afrique sub-saharienne vit dans des pays disposant à peine d'un environnement de base raisonnable. Ceci exclut les pays en proie à des guerres civiles, et les pays où la gestion économique n'assure pas un minimum de conditions propices au développement .
Six aspects, interdépendants, apparaissent fondamentaux dans toute appréciation des possibilités de développement futur:
Le coût des guerres civiles pèse très lourd dans le bilan d'ensemble des pays ACP. Or à moyen terme, ce type de conflits sera toujours d'actualité. Outre leurs effets dévastateurs directs dans les pays concernés, un effet de "contagion" est manifeste, dans la mesure où des événements dramatiques dans un pays ont des retombées négatives pour l'ensemble de la région, notamment parce qu'ils alimentent le manque de confiance des opérateurs économiques.
Si ce constat global est préoccupant, il fournit aussi quelques motifs d'optimisme: on constate en effet que les pays qui assurent ne fût-ce qu'un minimum de stabilité sociale enregistrent des performances de croissance certes encore modestes par rapport à leur potentiel, mais suffisantes pour permettre une progression du revenu par tête.
Le taux d'investissement demeure trop faible dans de nombreux pays. Or parmi l'ensemble des facteurs qui influencent les décisions d'investir, l'appréciation du "risque-pays", c'est à dire de l'instabilité politique et des risques de revirements de politique économique et commerciale, est à ce stade souvent décisive.
L'engagement de réformes économiques dans un nombre croissant de pays depuis la fin des années quatre-vingt contribue à cet égard à établir un cadre plus favorable. Comme dans d'autres régions du monde, ces réformes, généralement engagées à l'occasion d'un effort de stabilisation macro-économique, vont au-delà de la problématique de l'ajustement à court terme et portent sur un ensemble de politiques économiques et de transformations institutionnelles. Outre le rétablissement d'un cadre macro-économique durablement stable, les réformes visent d'une manière générale à améliorer la compétitivité des économies à travers une politique de change plus réaliste, des marchés plus efficients, la libéralisation commerciale et l'ouverture à l'investissement étranger. La réforme du secteur public a en outre pour objectif de recentrer l'action de celui-ci sur ses missions fondamentales, à savoir l'offre de services essentiels et la fourniture des infrastructures de base.
Les réformes de type institutionnel sont plus longues et plus difficiles à réaliser que les politiques de libéralisation; elles concernent le développement et la modernisation du système financier, les réformes fiscales, la gestion des dépenses publiques, l'amélioration du cadre réglementaire et du système juridique, la réforme des entreprises publiques et les privatisations.
Ces constatations, qui concernent surtout l'Afrique sub-saharienne, sont également valables pour les pays des Caraïbes, qui font face, à une autre échelle, au même type de problématique. Les réformes engagées dans certains de ces pays au cours des dernières années pour faciliter le développement du secteur privé et du potentiel d'exportation sont encore très incomplètes. La libéralisation du commerce, l'amélioration du cadre réglementaire, le développement du système financier, le fonctionnement du marché du travail, et la nécessité de retrouver une marge de manoeuvre pour les politiques sociales, vont donc continuer à dominer l'agenda des politiques économiques dans cette région pendant une période plus ou moins longue.
Des résultats tangibles sont déjà perceptibles dans certains domaines. Bien qu'il soit difficile d'identifier avec précision les raisons de l'amélioration des performances de croissance, notamment dans les pays couverts par le Programme Spécial pour l'Afrique, il est clair néanmoins que l'appui financier de la communauté internationale a joué un rôle important, dans la mesure où il a permis une certaine continuité des politiques économiques et des réformes.
Le double processus de transition économique (vers l'économie de marché) et politique (vers un régime pluraliste) présente à la fois des synergies et des difficultés particulières. Synergies dans les cas où les réformes peuvent faire l'objet d'un large débat public entre le gouvernement et la société civile, notamment les représentants du secteur privé, et engager un gouvernement de manière crédible. Difficultés dans la mesure où la mise en oeuvre de politiques de stabilisation accompagnant la libéralisation est temporairement rendue plus difficile par l'ouverture démocratique. Ceci se produit surtout lorsque les progrès sont lents et modestes, retardant les effets positifs attendus en termes d'amélioration des conditions de l'offre, et prolongeant la période où la politique socio-économique est dominée par une logique de restriction budgétaire. Dans ces conditions, le soutien des électeurs et le consensus en faveur des réformes s'avère plus difficile à maintenir, et la continuité des politiques économiques est mise en danger.
S'il existe un consensus sur un socle minimal de réformes économiques, les réformes structurelles, qui ont des implications plus profondes et plus difficiles à cerner dans leurs effets distributifs sont en revanche plus controversées et rencontrent une plus forte résistance. En Afrique sub-saharienne, cette résistance est entretenue par les groupes dominants, et s'appuie sur une des caractéristiques principales du fonctionnement des sociétés africaines, à savoir le refus de l'accumulation individuelle. Or les mécanismes de solidarité de groupe ont tendance à dériver vers une redistribution de plus en plus partielle du produit de l'activité économique, vers une logique prédatrice où les groupes proches du pouvoir ne sont plus solidaires que d'une fraction très réduite de la population. Ces conditions d'organisation sociale imposent une limite aux prescriptions de politique économique des bailleurs de fonds, dans la mesure où, au-delà d'un socle minimal commun, l'impact et la viabilité des réformes est difficilement prévisible.
L'ensemble de la communauté internationale, tous pays confondus, est en outre confrontée à la difficulté de concilier les grands engagements politiques pris à Rio, au Caire, à Copenhague et à Pékin, en faveur d'un développement durable centré sur les besoins de la personne humaine, et les réalités du développement économique dans un environnement mondial de plus en plus concurrentiel;
L'amélioration récente des performances de croissance a sans doute permis d'interrompre ou de limiter l'accroissement de la pauvreté dans quelques pays mais pas de la réduire. D'une part, une croissance économique plus soutenue est nécessaire. La Banque Mondiale estime que, compte tenu de la structure des économies et des taux d'accroissement démographique, un taux de croissance du PIB de 5% par an en Afrique sub-saharienne permettrait à peine de stabiliser le nombre de personnes vivant en-deçà du seuil de pauvreté; or au cours des dix dernières années, parmi les pays de plus d'un million d'habitants, seuls six pays d'Afrique sub-saharienne ont dépassé ce seuil.
D'autre part, il existe une marge importante pour améliorer l'impact de la croissance sur la pauvreté: l'accès aux services sociaux de base doit encore être sensiblement élargi, et l'accès aux ressources productives (éducation, formation, propriété de la terre, accès au capital et au crédit, ...) demeure très imparfait dans de nombreux pays. Des groupes entiers de population se trouvent pratiquement exclus du secteur structuré de l'économie. Les femmes sont particulièrement vulnérables à cet égard, et une amélioration de leur situation socio-économique aurait un effet de levier considérable en termes de réduction de la pauvreté. Le secteur informel est certes souvent très dynamique; mais il ne permet en général pas d'améliorer les conditions de vie des gens de manière durable. Enfin toute transition économique entraîne des changements de positions relatives pour différents segments de la population; or les systèmes sociaux existants, largement basés sur les solidarités de groupe mais aussi sur des relations de dépendance, ne permettent pas de répondre de manière efficace à ces problèmes.
L'intégration des pays ACP dans les échanges internationaux dépendra à la fois du succès des politiques économiques internes et de l'amélioration de la compétitivité des économies, et de l'accès aux marchés étrangers.
Alors que la mondialisation a réduit les barrières commerciales et les coûts inhérents à la pratique du commerce international, I'accès aux marchés internationaux devient de plus en plus complexe et dépendant d'autres considérations non liées aux obstacles tarifaires. Dans l'équation de l'accès au marché, le niveau des tarifs joue un rôle de plus en plus réduit et d'autres aspects tels que les politiques de concurrence, les normes techniques, sanitaires et phytosanitaires, les subventions, les politiques antidumping et de droits compensatoires, les règlements en matière d'environnement et de politique sociale, les lois sur la propriété intellectuelle, les codes en matière d'investissements, etc., sont des facteurs de plus en plus importants déterminant l'accès au marché.
En conséquence, même si la libéralisation multilatérale découlant de 1'accord du cycle de l'Uruguay a enregistré un succès considérable, il n'en demeure pas moins que de nombreux domaines liés au commerce mentionnés cidessus sont encore insuffisamment réglementés par l'OMC, ce qui donne lieu à des comportements potentiellement anticompétitifs de la part d'entreprises multinationales et de pays commerçants qui risquent de constituer des barrières effectives empêchant l'accès aux marchés internationaux. Le développement de disciplines convenues au niveau multilatéral dans ces nouveaux domaines liés au commerce ainsi que le renforcement de la crédibilité des règles régissant le règlement de différends pour l'application des nouveaux accords sur les ETE et autres barrières non tarifaires constituent un travail considérable qui sera à l'ordre du jour de l'OMC pendant les prochaines années.
La libéralisation multilatérale résultant de l 'accord du cycle de l'Uruguay n'a pas réduit l'intérêt accru pour le régionalisme apparu à la fin des années quatre-vingts. Les pays commerçants, industrialisés comme en développement, semblent percevoir une valeur ajoutée dans le fait d'aller, sur une échelle géographique plus réduite, au-delà de "I'acquis" du cycle de l'Uruguay perçu comme ne répondant pas encore à la demande accrue d'échanges plus libres et de plus de certitude et d'harmonisation dans les nouveaux domaines liés au commerce.
Les accords commerciaux Nord-Sud, au-delà des effets normaux de création d'échanges et de réorientarion des exportations, accroissent la crédibilité politique des PMA participants et permettent d'attirer des investissements plus élevés, nationaux et étrangers, améliorent les effets en faveur de la compétitivité, assurent un accès amélioré à la technologie et enfin, ce qui n 'est pas négligeable, assurent un certain degré de protection en ce qui concerne les développements politiques dans les domaines liés au commerce.
La libéralisation multilatérale et la tendance croissante en faveur du régionalisme modifient les possibilités économiques pour les PMA. D'une part, ceux qui bénéficient d'un traitement préférentiel non réciproque dans le cadre des SPG ou d'autres régimes préférentiels tels que Lomé, constatent une érosion de la valeur de leurs préférences. En outre, les PMA exclus des blocs régionaux risquent de connaître des réorientations des échanges et des investissements à leur détriment. D'autre part, la libéralisation multilatérale et régionale, dans la mesure où cette dernière peut favoriser un abaissement des barrières tarifaires non seulement entre les partenaires mais également vis-à-vis du reste du monde, devrait améliorer les débouchés des PMA.
Les pays en développement à la traîne en matière de croissance et d'intégration sont confrontés à la nécessité d'inverser ces tendances négatives et doivent prendre des décisions difficiles quant à la mesure et à la vitesse de libéralisation et, en particulier, doivent choisir la meilleure stratégie d'intégration dans l'économie mondiale: doiventils adopter l'option multilatérale, ou la libéralisation unilatérale est-elle la meilleure solution ? Doivent-ils s'engager sur la voie du régionalisme (Sud-Sud et/ou Nord-Sud) ? Doivent-ils adopter une combinaison de ces options?
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Un des objectifs majeurs des pays ACP au seuil du vingt-et-unième
siècle est d'assurer leur intégration optimale dans
l'économie mondiale, c'est-à-dire une intégration
qui réduit au minimum le risque de marginalisation, inversant
les courants actuels en ce sens, et qui maximise les opportunités
offertes par l'environnement mondial de participer de manière
rentable aux marchés internationaux des marchandises, des
capitaux, des services et de l'emploi.
Les ACP peuvent envisager plusieurs stratégies d'intégration, en fonction de leurs situations et conditions spécifiques, et retenir les modèles ou les voies les mieux adaptés afin de s'intégrer dans l'économie mondiale:
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L'amélioration récente des performances de croissance en Afrique sub-saharienne (3.5 à 4% pour l'ensemble de la région en 1995 et 7% pour les 31 pays du SPA) est certes en partie liée à des facteurs de court terme, tels que la remontée des prix des matières premières sur les marchés internationaux. Mais elle est aussi encourageante dans la mesure où, d'une part, elle concerne un grand nombre de pays, d'autre part, elle est liée à l'amélioration de la gestion socio-économique et à l'adoption de réformes qui commencent à porter leurs fruits, se traduisant notamment par une augmentation du volume des exportations.
L'émergence de l'Afrique du Sud post-apartheid constitue sans aucun doute l'un des éléments favorables les plus évidents. Les perspectives d'évolution dans ce pays restent certes fonction de sa capacité à réduire les facteurs de tension sociale et à améliorer la situation sur le marché du travail. Mais le potentiel de croissance de l'Afrique du Sud est important, et les évolutions favorables qui se profilent en termes d'investissement étranger et de relations commerciales sont appelées à rejaillir sur la région tout entière, par les effets d'entraînement économique et grâce à une amélioration de la situation interne dans les autres pays de la région.
Les pays de la zone franc en Afrique de l'Ouest contribuent également à redresser l'image d'ensemble du continent: la dévaluation de 1994 a eu des effets bénéfiques, d'autant plus marqués dans les pays où elle s'est accompagnée d'une politique d'ajustement et de réformes. Le processus d'intégration économique régionale en Afrique de l'Ouest ouvre en outre des perspectives favorables et pourrait marquer un tournant décisif pour le développement économique des pays de la région, d'une part à travers ses effets positifs en termes d'intensification des échanges et d'amélioration de la compétitivité, d'autre part dans la mesure où il devrait constituer un point d'ancrage pour des politiques macro-économiques orientées vers la stabilité, leur conférant ainsi une crédibilité accrue, facteur-clé pour dynamiser l'investissement tant interne qu'étranger.
En Afrique de l'Est également certains pays ont vu leur situation s'améliorer sensiblement au cours des deux dernières années (Kenya, Tanzanie, Ouganda). Ces trois pays se sont eux aussi récemment engagés dans un processus de coopération et d'intégration régionale, qui porte actuellement sur une coopération en matière de transport, de communications et de paiements.
Plusieurs pays des Caraïbes ont accompli des progrès significatifs dans la stabilisation de leurs économies, et ont profité d'un environnement externe plus favorable dans les années 1980 pour engager des réformes fiscales et monétaires, et entreprendre une libéralisation commerciale dans le cadre d'un processus de coopération et d'intégration régionale visant à terme une insertion dans l'économie de l'Hémisphère occidental (voir encadré 3).
Dans tous ces pays cependant, les perspectives à moyen terme dépendront des progrès qui pourront être réalisés dans la conduite des politiques économiques. Mais les handicaps structurels demeurent un important facteur de vulnérabilité. Tant que les nouveaux investissements n'auront pas permis une diversification de la structure des exportations, l'évolution des termes de l'échange restera fortement tributaire des variations des prix des matières premières, risquant à tout moment de remettre en question le rythme des réformes et les acquis de l'ajustement.
En l'absence de chocs extérieurs majeurs, dans l'hypothèse d'une lente baisse tendencielle des prix des matières premières sur longue période, et en tenant compte du caractère très précaire de la situation dans les pays aujourd'hui confrontés à des phénomènes de désintégration sociale et de déstabilisation politique plus ou moins forte, les projections à moyen terme de la Banque Mondiale tablent sur une croissance moyenne de 3.8% par an pour les dix prochaines années (1996-2005) pour l'ensemble de l'Afrique sub-saharienne (y compris l'Afrique du Sud). Ce chiffre, qui est fondé sur l'hypothèse d'une poursuite des réformes à un rythme globalement inchangé, marquerait un progrès sensible par rapport aux dix dernières années (1.7% par an entre 1986 et 1995) et permettrait une modeste progression du revenu par tête (+ 0.9% par an). Ceci ne permettra toutefois pas de réduire de manière significative la pauvreté dans de nombreux pays; il s'agit là d'un défi majeur pour les gouvernements de ces pays et pour tous ceux qui sont concernés par la coopération au développement.
Les perspectives de développement de l'économie mondiale font apparaitre un ensemble de paramètres potentiellement favorables pour les pays ACP: une croissance relativement soutenue du commerce mondial (plus de 6% par an selon les projections de la Banque Mondiale), un système commercial international qui s'organise en fonction des résultats de l'Uruguay Round et des travaux de l'OMC, d'importantes possibilités de développement dans le secteur des services, notamment du tourisme, l'émergence de nouveaux marchés en forte croissance en Asie de l'Est, en Amérique latine, et potentiellement en Europe de l'Est, qui pourraient permettre une diversification des relations économiques et commerciales pour les pays ACP. L'amélioration pour les pays les plus pauvres de l'accès aux marchés des pays industrialisés, dont le principe poussé par l'UE a été approuvé lors du récent Sommet du G7, constituera également un facteur important.
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Dans sa définition géographique la plus large, le Bassin des Caraïbes
comprend un ensemble de trente sept pays et territoires situés dans
l'archipel des Antilles et sur la bordure maritime du continent
latino-américain. Ce sont: les quinze pays ACP indépendants des Caraïbes;
deux Territoires néerlandais et cinq Territoires britanniques (PTOM);
trois Départements français d'outre-mer (DOM); deux Territoires associés
aux Etats-Unis; Cuba et neuf pays hispanophones indépendants d'Amérique
centrale et du sud riverains de la mer des Caraïbes (Marché Commun
d'Amérique Centrale, Mexique, Venezuela et Colombie). La grande majorité
de ces entités sont regroupées au sein de la très récente Association des
Etats des Caraïbes qui représente un espace économique potentiel de 205
millions d'habitants.
En raison de leur situation et de leur structure géographique, les Caraïbes se distinguent des autres régions de la zone ACP. L'avenir économique des pays de la région passe sans doute par une intégration progressive avec les Amériques, équilibrée par le maintien de liens étroits et solides avec l'Europe. La recherche de cet équilibre est motivée par le double souci de préserver la souveraineté nationale et l'identité régionale des pays des Caraïbes face au déferlement économique, culturel et technologique des Etats-Unis et d' ouvrir la possibilité d'alliances commerciales alternatives. Néanmoins, la stratégie de libéralisation des échanges engagée dans l'hémisphere Ouest et le principe de réciprocité commerciale adopté dans le cadre de l'ALENA imposeront aux Caraïbes un changement plus rapide qu'en Afrique. La perspective d'accords de libre-échange et d'une plus grande coopération économique au sein de l'hémisphère occidental relance l'intérët d'une stratégie d'intégration économique régionale. L'objectif principal de cette intégration serait de fournir un cadre économique et commercial permettant une insertion sans à-coup dans le processus de libéralisation et de péparer les opérateurs économiques de la région à affronter la concurrence. Parallèllement, les Caraïbes doivent mesurer l'impact du nouvel environnement international sur la viabilité politique et la survie économique des petits Etats insulaires qui composent la grande majorité des pays de la région. La recherche d'une intégration approfondie a depuis longtemps été au coeur des préoccupations régionales. Les efforts dans ce domaine remontent à l'expérience avortée de la Fédération des West Indies à la fin des années 5O et au début des années 60. Au cours des dix dernières années, les tendances structurelles de l'économie mondiale on déterminé au niveau régional plusieurs types de réponses que reflètent les divers cercles concentriques d'intégration régionale ou sub-régionale. De la petite union monétaire des pays de l'Organisation de la Caraïbe de l'Est (OECS), à la Communauté et au Marché unique du CARICOM, jusqu'à la récente et plus vaste Association des Etats des Caraïbes (ACS), l'évolution des structure régionales a suivi un cours à géométrie variable et tendu davantage vers l'élargissement que l'approfondissement du processus d'intégration. Si le bilan de ces efforts est mitigé, c'est en raison de la complexité croissante et de la multiplicité des défis auxquels sont confrontés les pays des Caraïbes. Ces défis concernent principalement :
L'une des stratégies possibles pour les Caraïbes, dans ce contexte, demeure la promotion d'une forme réaliste et ouverte d'intégration régionale dont la dimension reste l'objet des réflexions en cours. |
Les conditions du développement tant au plan socio-politique interne qu'au plan économique et politique international, ont radicalement changé.
L'analyse des contraintes et des potentialités des pays ACP suggère un certain nombre de conclusions importantes pour la réflexion sur l'avenir de la coopération, dans l'optique d'un appui mieux ciblé et plus efficace pour accompagner ces pays dans leurs politiques d'ajustement et de développement. Les aspects suivants devront notamment être pris en compte:
Les analyses développées dans cette première partie montrent que les relations de coopération entre l'UE et les pays ACP doivent désormais se concevoir dans un environnement mondial radicalement différent. Elles s'inscrivent également dans la perspective d'une transformation profonde de l'Union européenne, et dans le contexte d'évolutions socio-économiques et politiques fortement contrastées dans les différents pays de la zone ACP. Face à une perte de légitimité qui affecte le principe même de l'aide au développement, sur fond de contraintes budgétaires et de crise sociale européenne, les leçons que l'on peut tirer des succès et des échecs du passé devront permettre d'améliorer l'efficacité et l'impact de la coopération.
Pour l'Union, il s'agira avant tout de dominer les tendances individualistes et de mettre en valeur les solidarités fondamentales. Pour ce faire l'Union doit se donner pour principal objectif de "faire mieux", et de donner de plus grandes chances de succès à sa coopération avec les pays ACP. De nombreuses initiatives communautaires récentes vont dans ce sens et il conviendra de bien identifier les acquis à préserver, d'une politique aux facettes multiples. En revanche, nombre de paramètres devront être remis en cause. L'Union devra faire des choix de politique à long terme et envisager différentes options.
Ces pages ont été développées à l'aide du programme Netscape. Veuillez adresser vos observations à Peter Ballantyne, ECDPM