LIVRE VERT

SUR LES RELATIONS ENTRE L'UNION EUROPEENNE ET LES PAYS ACP
A L'AUBE DU 21ème SIECLE
Défis et options pour un nouveau partenariat

CHAPITRE V.
OPTIONS POUR UNE NOUVELLE POLITIQUE DE COOPERATION
DE L'UE VIS-A-VIS DES PAYS ACP

Document de réflexion présenté par la Commission européenne

Sommaire
page EUFORIC
page DG VIII



L'échéance de l'an 2000 ne remet pas en cause toutes les composantes de la politique de coopération mise en oeuvre jusqu'à présent. Au contraire une grande partie des orientations qui ont été développées au fil du temps, en particulier celles qui ont été adoptées au cours des années récentes, doivent être confirmées et dans certains cas approfondies. La politique de coopération est en évolution continue, de nouvelles approches sont progressivement introduites dans de nombreux domaines, et il convient d'en reconnaitre la pertinence.

Dans la ligne de ces orientations récentes, tenant compte des objectifs généraux assignés par le Traité à la politique communautaire de coopération au développement, de l'expérience de la Convention de Lomé et de l'analyse des contraintes et des potentialités des pays ACP pour l'avenir, la coopération future entre l'UE et les pays ACP doit permettre d'appuyer les efforts de ces pays pour assurer les conditions d'un développement durable. Ces conditions sont à la fois politiques, économiques et sociales. L'amélioration de la compétitivité des économies ACP, indispensable pour accroître l'emploi et relever le niveau de vie général, peut être encouragée par un ensemble de mesures qui relèvent des politiques externes - en faveur du développement et de la diversification des échanges économiques et commerciaux - et des politiques internes - en faveur d'une amélioration des capacités d'offre. A partir de ce constat, la politique de coopération de l'UE vis-à-vis des pays ACP pourrait être restructurée autour de trois axes prioritaires:

Pour chacun des trois axes de coopération ainsi identifiés, un acquis communautaire existe à des degrés divers. Dans les sections qui suivent, cet acquis fait l'objet d'un bref rappel, en référence aux textes du Conseil considérés comme les plus significatifs dans ces domaines. Mais des options nouvelles devront aussi être considérées, soit par nécessité institutionnelle - comme dans le cas des dispositions commerciales - soit pour approfondir, renforcer et en finale accroître l'efficacité de l'action de l'UE par rapport aux objectifs qu'elle poursuit à travers sa politique de coopération au développement.


A. La dimension socio-économique

Les analyses développées aux chapitres I et III ont souligné le fait que les conditions du développement économique et social sont en pleine évolution, au niveau international et au plan interne dans les pays ACP. En particulier la demande de démocratisation et d'une participation accrue du secteur privé et de la société civile s'y exprime de plus en plus fortement. La plupart des pays ACP sont engagés dans la voie de l'économie de marché et de l'ouverture commerciale, s'efforcent d'assurer des conditions plus favorables au développement du secteur privé, et reconnaissent les effets bénéfiques de l'investissement étranger. Un certain nombre d'entre eux ont entrepris, avec des succès inégaux et à des degrés divers, des réformes économiques allant dans ce sens. Les investisseurs privés sont cependant demeurés très réservés, et l'investissement étranger n'a en particulier été significatif que dans un nombre limité de pays et de secteurs. Les perspectives de croissance se sont néanmoins améliorées dans un grand nombre de pays, sans pour autant permettre de réduire de manière significative l'incidence de la pauvreté. Cette analyse a notamment conclu à l'importance d'assurer une plus grande crédibilité à la politique de réforme afin d'en accélérer les effets positifs attendus, en réduisant le degré de risque et d'instabilité qui caractérise l'environnement économique. Les réformes économiques et institutionnelles nécessaires devront en outre s'accompagner d'une transformation profonde du fonctionnement de la société, ce qui suppose inévitablement des processus longs et progressifs.

Les pays ACP ont besoin d'accélérer leur croissance économique. Mais il existe aussi une marge importante pour améliorer l'impact de la croissance sur la réduction de la pauvreté. La participation du plus grand nombre à l'activité économique, l'accès aux ressources productives (la terre, le capital et le crédit, la formation, l'information) et aux services sociaux de base (éducation, santé, nutrition, eau potable), l'amélioration de la situation socio-économique des femmes et des jeunes, sont autant de dimensions essentielles et complémentaires de toute stratégie de lutte contre la pauvreté, et qui relèvent en premier lieu des politiques économiques et sociales internes. Le rôle de la coopération est d'encourager l'évolution politique nécessaire, et de soutenir, par une assistance financière et technique, les efforts entrepris. Aucune action en faveur de l'allégement de la pauvreté n'est réellement efficace et ne peut avoir des effets durables, en l'absence d'un engagement et d'une volonté claire du pays bénéficiaire.

Le concept du développement durable, la centralité du développement social et humain, ont été largement débattus au niveau international au cours des dernières années; lors des grandes conférences internationales de Rio, Le Caire, Copenhague, Pékin, et Rome notamment, un grand nombre de pays ont adopté des principes et des valeurs communes, et ont identifié des objectifs prioritaires. Le cadre stratégique général, les grandes orientations des politiques économiques et sociales sont donc tracées. Les références européennes quant à elles sont claires: l'UE répercute dans ses relations de coopération, sa vision du développement économique et social, elle-même issue d'expériences nationales diversifiées. La question pour l'UE est donc désormais de rechercher les moyens les plus efficaces d'encourager la mise en oeuvre de ces stratégies, le respect des principes annoncés.

L'analyse de la situation socio-économique dans la zone ACP a aussi mis en évidence la différenciation croissante entre ces pays. L'UE doit envisager une coopération modulable, permettant au fur et à mesure qu'un pays ou un groupe de pays progresse dans la voie de la stabilisation et des réformes, de passer d'une politique centrée sur l'appui au processus de réforme à une relation s'élargissant à de nouveaux domaines de coopération et à l'établissement de partenariats plus diversifiés, à l'instar de ce que l'UE propose dans d'autres régions en développement (coopération économique plus avancée, coopération scientifique, technique, etc).

Les options en matière d'appui au développement socio-économique devront donc être appréciées dans cette perspective: non seulement des priorités stratégiques différentes devront être adoptées vis-à-vis de chaque pays, mais les domaines de coopération pourront être différents d'un pays à l'autre.

Ces options peuvent être regroupées autour de deux axes prioritaires, qui relèvent tous deux d'un objectif de démarginalisation: l'intégration des pays ACP dans le système économique international et l'intégration des populations pauvres dans la vie économique et sociale.

1. Stimuler la croissance économique par la compétitivité et le développement du secteur privé.

Bon nombre de politiques actuelles de coopération de la CE sont axées sur la promotion d'une croissance plus rapide et d'investissements privés plus élevés dans les pays ACP et visent une intégration plus vaste dans l'économie mondiale par l'intermédiaire du commerce et des investissements. Ces politiques impliquent le soutien financier et technique aur réformes d'ajustement structurel, le soutien sectoriel dans les domaines de l'infrastructure, de l'agriculture, de l'industrie, des services et du développement des ressources humaines et le soutien direct du secteur privé grâce à I'encouragement du développement des entreprises, aux investissements, au développement des échanges et à l'aide financière et technique octroyée par la BEI et le CDI. Un secteur privé robuste est essentiel pour améliorer en permanence et de façon durable le niveau de vie et les possibilités.

Pour la CE, la question est de savoir, compte tenu des taux de croissance modestes réalisés par de nombreux pays partenaires dans le passé, ce qu'elle peut faire de plus pour promouvoir une croissance économique plus rapide, une plus grande compétitivité des entreprises des ACP, de meilleures performances à l'exportation et des niveaux plus élevés d'investissements privés, et quelles nouvelles politiques et approches elle peut adopter.

II existe plusieurs solutions pour améliorer l'efficacité de l 'assistance future:

2. Favoriser l'accroissement de l'emploi et soutenir les politiques sociales dans le cadre de la lutte contre la pauvreté.

Il existe de fortes motivations du côté européen pour centrer les efforts de coopération avec les ACP sur l'objectif de lutte contre la pauvreté: il s'agit non seulement de donner la priorité à une problématique qui prend des dimensions particulièrement préoccupantes dans un grand nombre de ces pays, et qui engendre une série d'interdépendances négatives auxquelles se trouve confrontée l'Europe, en termes de pressions migratoires, et d'autres questions d'ordre sécuritaire; mais il s'agit aussi de concrétiser, dans sa dimension extérieure, l'un des principes fondateurs de l'Union - le progrès social - largement présent dans le Traité et dans son Protocole sur la politique sociale, et développé sous différents aspects (emploi, éducation & formation, égalité hommes/ femmes, etc) dans les politiques communautaires.

La lutte contre la pauvreté constitue déjà un axe prioritaire dans la politique de coopération actuelle, qui a été renforcé ces dernières années par un certain nombre d'orientations nouvelles:

Ces orientations doivent sans aucun doute être maintenues et confirmées. Pour l'avenir cependant, l'UE et ses partenaires ACP devront déterminer dans quelle mesure et comment l'impact de la coopération communautaire sur la réduction de la pauvreté pourrait être amélioré.

Le maintien d'une approche large, impliquant un vaste éventail d'interventions, est sans nul doute indispensable compte tenu de la diversité des situations de pauvreté dans les pays ACP. L'Union pourrait toutefois proposer à ses partenaires une approche plus stratégique dans deux directions:

3. Intégrer la protection de l'environnement dans le processus de développement

Un des principaux enseignements de la théorie et de la pratique du développement durable est que l'on ne peut pas concevoir d'action environnementale efficace si les politiques sociales et économiques restent inchangées. Au contraire, les préoccupations environnementales doivent être intégrées dans la conception, la mise en oeuvre et l'evaluation de l'ensemble des politiques, programmes et projets.

Bien que la Communauté dispose d'un vaste éventail de déclarations politiques sur Ia gestion de l'environnement, il lui manque toujours une stratégie claire et la détermination nécessaire pour la rendre opérationnelle. Si l'on considère le consensus émergeant du processus de Rio, quatre priorités pour la coopération au développement se dégagent:

Certains thèmes méritent une attention particulière:


B. La dimension institutionnelle

L'analyse des évolutions socio-économiques et politiques dans les pays ACP présentée au chapitre III, montre l'importance des dysfonctionnements de l'Etat et l'acuité des problèmes de "governance". Ces problèmes entravent le développement dans de nombreux pays, y retardent la mise en oeuvre des programmes d'ajustement structurel ou en empêchent la réalisation complète, alimentent l'instabilité et le "déficit de confiance" qui pèse sur l'investissement et sur la légitimité de l'aide au développement. Cette analyse a aussi montré la nécessité de réhabiliter ou de renforcer l'Etat de droit, pour assurer les conditions minimales nécessaires au développement et à la réduction des inégalités et de la pauvreté. Le caractère essentiel de ces éléments a, depuis 1995, été reconnu dans les textes de la convention de Lomé IV bis.

Mais la réforme des systèmes administratifs et juridiques, l'amélioration des capacités d'analyse et de conception des politiques de développement, le renforcement des institutions émanant de la société civile susceptibles de jouer le rôle de contre-pouvoir, n'ont jusqu'à présent pas fait l'objet d'une politique déterminée de la part de l'UE. Les actions communautaires d'appui institutionnel et à la "governance" ont principalement consisté à encourager des processus électoraux démocratiques, à fournir une assistance technique liée aux projets ou programmes de coopération, et une aide financière ciblée destinée à faciliter ou à compenser les conséquences de certaines réformes. Au cours des années récentes, une attention plus grande a cependant été accordée à l'ensemble du paysage institutionnel, et non plus seulement à l'agence ou l'institution chargée de la mise en oeuvre d'un projet déterminé. L'instrument d'appui à l'ajustement structurel et les actions d'appui aux politiques sectorielles ont favorisé cette évolution, dans la mesure où elle a permis à la Communauté de jouer un rôle plus actif pour l'amélioration du "policy environment" au niveau sectoriel ou plus général. Cette tendance est appelée à s'accentuer à l'avenir, notamment pour tenir compte des conclusions des études d'évaluation qui ont montré que, pour accroître l'efficacité de la coopération communautaire, la prise en compte des aspects institutionnels devrait être plus systématique et abordée de manière plus approfondie.

Mais ne faut-il pas aller au-delà de ces adaptations, qui pourraient en tout état de cause déjà être introduites dans le cadre de la politique actuelle? L'évolution du rôle de l'Etat dans le nouvel environnement économique et politique international, vers une structure chargée d'assurer un certain nombre de conditions-cadres nécessaires pour que prenne place un développement répondant aux critères du développement durable et équitable, incite en effet à repenser cette dimension des relations UE-ACP: l'UE ne doit-elle pas soutenir de façon plus stratégique le processus de transition politique et social nécessaire?

Le développement des institutions dans un pays est fondamentalement un processus politique; une réforme ne peut aboutir sans appropriation locale et impose de surmonter de nombreux obstacles, dans la mesure où elle affecte les structures de pouvoir et rencontre inévitablement de fortes résistances. Le développement institutionnel a donc deux dimensions complémentaires: une dimension politique et une dimension plus "technique".

Dans ces conditions, l'UE doit-elle jouer un rôle plus actif dans le domaine du développement institutionnel, et s'impliquer dans le dialogue qui a lieu sur ces questions avec d'autres bailleurs de fonds? Comment peut-elle jouer ce rôle?

1. Il existe des raisons décisives pour approfondir l'action de l'UE dans ce domaine et lui donner une plus grande priorité, au point d'en faire un axe stratégique dans ses relations avec les ACP:

La relation de partenariat que l'UE vise à développer avec les pays ACP, constitue un cadre propice pour aborder les questions du développement institutionnel dans la mesure où il permet aux pays concernés d'assumer la responsabilité première des réformes, et où l'UE peut assurer un appui à la fois technique, financier et politique, sur la base d'engagements réciproques à moyen terme.

En outre l'expérience de l'Union en matière de réformes, engendrées par la construction européenne elle-même, lui ont permis de développer un savoir-faire particulier.

2. Concernant le contenu et les modalités d'une action européenne dans le domaine institutionnel et du renforcement des capacités, trois options complémentaires pourraient être envisagés pour développer l'action de l'UE:


C. Le commerce et l'investissement

L'intégration adéquate du groupe ACP dans I'économie mondiale et plus particulièrement Ia définition de sa place dans le réseau en évolution des relations économiques extérieures de l'UE, en tant que dimension majeure de son intégration dans l'économie mondiale, constituent le défi à relever pour les nouvelles relations UE/ACP après l'an 2000. L'absence d'un cadre adéquat risque d'entraîner l'éclatement du groupe ACP, le relâchement des liens actuels entre certains pays et régions ACP et l 'UE et la poursuite de la marginalisation des pays ACP les plus pauvres.

Accords commerciaux

De nombreuses options sont possibles pour les futures relations commerciales UE/ACP après I 'an 2000. En principe, ces options devraient permettre aux pays ACP d'aménager les stratégies d'intégration qu'ils préfèrent. Ces options devraient également être examinées compte tenu des dimensions du principe de partenariat sous-tendant les relations commerciales UE/ACP:

Etant donné que le principe de partenariat revêt une valeur politique importante pour les pays ACP ainsi que pour les membres de l'UE, les différentes options envisagées devraient être évaluées compte tenu de leur impact sur ce principe: estce qu'elles le saperont ou au contraire le renforceront ? Serontelles cause de rétrécissement ou d'élargissement? Ces considérations politiques importantes doivent être prises en compte lors de l'évaluation des différentes options; il faut également tenir compte des contraintes techniques concernant plus particulièrement la négociation des ZLE (voir encadré n° 5 pour l'analyse des options commerciales).

Le menu qui pourrait être proposé pour examen aux pays ACP pourrait comprendre les éléments suivants:

Enfin, deux options supplémentaires combinant les quatre options ci-dessus peuvent également être envisagées:

Par ailleurs, quelle que soit l'option choisie, l'UE est engagée dans un processus d'harmonisation des règles d'origine appliquée dans le cadre des régimes préférentiels.

Protection et encouragement des investissements

Dans le cadre des dispositions de la quatrième Convention de Lomé, les pays ACP se sont engagés à accorder un traitement juste et équitable aux investisseurs privés, à créer et à maintenir un climat d'investissement prévisible et sûr, à améliorer l'environnement des entreprises et à mettre en place un cadre juridique, administratif et financier propre à favoriser l'émergence et le développement d'un secteur privé dynamique (article 258 cg). Les pays se sont efforcés individuellement de mettre ces objectifs en oeuvre, mais n'ont pas toujours obtenu le résultat désiré de reprise de l'investissement du secteur privé. Les investisseurs hésitent encore. L'environnement commercial et le contexte politique et institutionnel n'inspirent pas toujours suffisamment confiance.

Les pays continueront, au niveau national, de mettre en oeuvre des mesures pour renforcer la confiance. Toutefois, la transparence et la prévisibilité de ces mesures peuvent être améliorées si elles sont perçues comme s'inscrivant dans un cadre commun, bien compris et internationalement accepté de droits et d'obligations. En 1992, la CE a proposé aux ACP d'examiner un ensemble de principes de protection des investissements couvrant, entre autres, le traitement national, le principe de la nation la plus favorisée, le traitement juste et équitable, la protection complète de la loi, la compensation en cas d'expropriation et le transfert de revenus et de capitaux. Les projets de principes donnaient un effet textuel aux objectifs de la quatrième Convention de Lomé. Ils n'ont toutefois pas été largement discutés ou mis en oeuvre. Depuis 1992, des discussions détaillées sont en cours au sein de l'OCDE sur la proposition d'accord multilatéral sur les investissements qui établit un cadre plus ambitieux et plus complet pour la protection des investisseurs.

La question des normes de protection des investissements a maintenant été examinée au sein de l'OMC où des négociations sur les principes acceptables par un ensenible plus vaste de pays devraient bientôt commencer. Si ces négociations débouchent sur un accord sur des principes transparents et applicables, les investisseurs et les marchés de capitaux pourraient être attirés par les risques réduits et investir dans les pays qui acceptent de respecter ces principes.

Les pays ACP souhaitant accélérer la reprise de confiance des investisseurs pourraient adopter et appliquer une norme reconnue internationalement de protection des investisseurs ayant force de loi. La CE serait évidemment ouverte à toute demande d'assistance pour introduire cette norme dans les pays ayant choisi de l'adopter. Plus il y aura de pays ACP désireux de respecter cette norme, plus les investisseurs internationaux auront confiance dans les pays ACP en tant que groupe.

Plusieurs solutions s'offrent aux pays ACP désireux de regagner la confiance des investisseurs grâce à une protection plus crédible des investissements:

Toutefois, étant donné qu'il n'existe à l'heure actuelle aucun modèle reconnu au niveau international, la solution la plus avantageuse pour les pays ACP consiste, entre-temps, à participer (avec le soutien de la CE) à des accords régionaux qui répondent aux principes de base décrits ci-dessus. Dans leur intérêt à plus long terme, les pays de la CE et des ACP devraient collaborer simultanément en vue d'un accord sur une norme internationale plus étendue.

Encadré n° 5. Analyse des options commerciales

Le "statu quo", qui a l'avantage d'être déjà connu, maintient le caractère unique et contractuel de l'accord commercial actuel, offrant donc une sécurité à long terme (jusqu'à un certain poínt, voir ci-dessous). Compte tenu du fait qu'il préserve les caractéristiques de différenciation (par rapport à d'autres PMA), il continuera de transmettre le message selon lequel la relation commerciale avec les ACP est toujours au sommet de la pyramide des privilèges commerciaux de l'UE. Cette option présente également l'avantage spécifique que, par rapport à un certain nombre de produits agricoles de base qui sont sensibles sur le marché de l'Union et qui présentent une importance capitale (décisive même) pour plusieurs pays ACP, elle permet à l'Union de proposer des dispositions d'accès sous réserve de limitations précises. Ces limitations fournissent aux ACP un cadre clair de planification et perrnettent au marché agricole de l'Union d 'absorber les quantités concernées. Cette option pourrait également fournir un moment de répit pour l'évolution de la politique agricole commune dans le cadre de la prochaine étape de l'OMC et de l'élargissement de l'Union.

Les aspects négatifs de cette option sont les suivants:

  • étant différenciée, elle sera toujours soumise à l'obtention d'une dérogation aux règles de I 'OMC, qui devra être réexaminée tous les ans. En conséquence, la sécurité des préférences, qui est un des principaux atouts du paquet commercial de Lomé, sera gravement entamée;

  • cette solution ne permettra pas non plus, compte tenu de la sécurité réduite des préférences, d'attirer des niveaux importants d'investissements étrangers directs, ni de compenser l'effet de réorientation que peuvent avoir sur les investissements européens d'autres accords commerciaux régionaux dépendant de l'UE;

  • cette option ne fournira pas la sécurité et la crédibilité nécessaires aux régimes commerciaux (importations et exportations) et réglementaires des pays ACP pour réduire le niveau de risque et donc rendre les pays ACP plus attrayants pour les investssements;

  • elle ne donnera pas d'élan supplémentaire aux processus d'intégration régionale en cours entre les pays ACP;

  • elle empêchera tout pays ou groupe de pays ACP d'adhérer à des accords commerciaux régionaux comprenant d'autres économies développées, parce qu'il serait politiquement et économiquement inacceptable pour I'UE de subir une discrimination sur les marchés ACP par rapport à d'autres économies développées.

Quoi qu'il en soit, cette option doit être examinée compte tenu de sa contribution à une participation accrue des pays ACP au commerce mondial. En outre, elle doit être complétée par l'exigence pour les pays ACP de soumettre un tarif douanier consolidé au GATT, qui pourrait s'avérer utile pour demander une dérogation à l'article XXV.5.

La deuxièrne option, l'intégration dans le SPG, aura pour atout majeur, du point de vue de I'UE, I'harmonisation de la politique cornmerciale préférentielle non réciproque de l'UE et sa conformité totale aux règles de l'OMC. Elle créera des conditions égales, en ce qui concerne l'accès au marché de l'UE, pour tous les PMA autres que ceux engagés dans un accord commercial régional avec l 'UE. Elle permettra également à certains pays ou groupes de pays ACP de s'engager dans le régionalisme avec d'autres économies développées (les Caraïbes au sein de l'ALENA ou du FTAA, les ACP du Pacifique dans le cadre de l 'APEC).

En ce qui concerne les inconvénients, cette option comporte les risques suivants:

  • elle morcellera définitivement le sytème de Lomé à plusieurs égards. Elle traitera différents types de pays ACP de manière différente en fonction de leur niveau de développement. Elle ne liera plus l'aide aux politiques commerciales qui sont maintenant intégrées dans la Convention de Lomé;

  • elle réduira sérieusement, du moins pour les pays ACP les plus avancés, la marge préférentielle dont ils bénéficient en vertu des accords de Lomé, étant donné que les préférences sur les produits agricoles devront être alignées sur les niveaux des SPG et que les avantages relatifs aux quantités fixées pour les produits couverts par les protocoles sur les produits de base ne pourront plus être accordés. La pourquite du protocole relatif au sucre pourrait poser, dans le cadre de cette option, certains problèmes, et non des moindres, de nature juridique;

  • elle réduira la sécurité en ce qui concerne les conditions d'accès au marché, mais le taux réduit de préférences, toujours susceptible d'un changement de politique de la part de I'UE ou soumis au mécanisme d'intégration progressive dans les SPG, sera indiscutable dans le cadre de l'OMC. Les pays ACP les plus avancés auront plus de difficultés à attirer les investissements étrangers directs dans le cadre de cette option. Toutefois, l'option des SPG multilatérales pour !es PMA (ACP et hors ACP), consolidée au GATT, permettrait d'avoir un degré de sécurité élevé.

  • elle n'exercera pas d'attrait supplémentaire sur les investissements étrangers directs, et ne compensera pas non plus les effets de réorientation du commerce et des investissements découlant des accords régionaux conclus avec l'UE et impliquant d'autres PMA;

  • elle sera neutre en ce qui concerne la viabilité des processus d'intégration régionale Sud-Sud en cours. Elle n'assurera pas de protection supplémentaire contre l'apparition de règlements de l'UE concernant les domaines liés au commerce.

Enfin, cette option affaiblira fondamentalement le principe du partenariat représenté dans la Convention de Lomé qui serait réduit à des dimensions politiques, institutionnelles et d 'aide.

La troisième option, celle de la "réciprocité uniforme" (dans le sens de l 'article XXIV du GATT), serait conforme aux règles de l'OMC. Elle renforcerait fondamentalement le principe du partenariat, étant donné qu'elle rendrait plus égal le contrat entre les deux parties et le transformerait en contrat à durée indéfinie (du moins en ce qui concerne la partie de la Convention relative au commerce).

  • Elle maintiendra, et améliorera même, la sécurité et la prévisibilité des preférences, et en ouvrant et "délimitant" le régime des importations des pays ACP, elle donnera de la crédibilité, aux yeux des investisseurs nationaux et étrangers, à leurs politiques commerciales. En conséquence, on peut s'attendre à un attrait supplémentaire pour les investissements étrangers directs, ainsi qu'à une bonne réaction de la part des investisseurs nationaux;

  • elle permettra également de créer des conditions égales par rapport à d'autres PMA s'engageant dans des ZLE avec l'UE et perrnettra à certains pays ACP d'adhérer à des accords commerciaux régionaux avec d'autres économies développées et de profiter de la dynamique de l'économie régionale;

  • en ce qui concerne les désavantages, cette option, en imposant un cadre horizontal uniforme, n'abordera pas la question existante de la différenciation marquée entre les pays ACP, en ce qui concerne le niveau d'intégration et de développement, ainsi qu'en ce qui concerne les besoins et la capacité de participer à des négociations de libre-échange avec I 'UE.

Le problème principal est sans conteste la faisabilité: comment tous les pays ACP pourraient-ils s'accorder sur un seul "plan" et un seul "programme" (ainsi que le requiert l'article XXIV.5. (c)) pour la formation d'une zone de libre-échange UE/ACP, qui tienne compte de leurs systèmes commerciaux, de leurs besoins différents en matière de restructuration industrielle, de changement de la politique fiscale qui seraient nécessaires pour accompagner le démantèlement des tarifs, etc. ? Il serait impossible qu'un seul cadre puisse intégrer les besoins et les conditions de tous les pays ACP. En outre, de nombreux pays ACP ne disposent pas des compétences humaines et des capacités administratives nécessaires pour s'engager dans des négociations de libre-échange avec l'UE.

"La réciprocité différenciée" comprendrait tous les avantages de l'option précédente tout en tenant compte des niveaux d'intégration et de développement différents, ainsi que des besoins, des conditions, des capacités et de la volonté des différents groupes de pays ACP. Pour chaque région ACP, un "plan " et un "programme " pour arriver au libre-échange avec l'UE, adapté à leurs besoins et capacités particuliers, pourraient être définis. Cette option donnerait un élan important au processus d'intégration régionale en cours dans les pays ACP.

  • Le grand inconvénient de cette option serait la perte du caractère unique de la relation et la fragmentation du principe de partenariat, qui serait cependant renforcé dans le cadre de chaque accord. En outre, étant donné que cette approche doit reposer sur des processus existants d'intégration régionale entre les pays ACP (UEMOA, SADC, CARICOM, etc.), les pays ACP qui ne sont pas partie ou qui ne désirent pas se joindre à un de ces processus devraient entamer des négociations uniques concernant une ZLE avec l'UE. Cette option pourrait également intégrer des ZLE impliquant d'une part l'UE, et de l'autre, des pays ACP et hors ACP qui constituent des zones regionales "naturelles".

  • Cette option impliquerait également la fin des protocoles sur les produits de base et du régime agricole préférentiel. La négociation des préférences relevant de ces instruments particuliers poserait certains problèmes.

  • Ici aussi, la faisabilité est un problème majeur, étant donné qu'on ne peut pas s'attendre à ce que tous les pays ACP, ou tous les groupements ACP d'intégration régionale, remplissent les conditions (politiques, commerciales, administratives et autres), soient capables, ou désireux, d'entamer des négociations sur des ZLE avec l'UE. En outre, si les accords négociés ne remplissent pas totalement les conditions de l'article XXIV, une dérogation (art. XXIV.10) devrait être demandée. Si trop d'accords de ce type devaient être examinés, la gestion au sein de l'OMC des dérogations correspondantes pourrait constituer un problème majeur pour l'UE. Dans le cadre de cette option, et conforrnément aux conclusions de la Commission et du Conseil de juin 1995 sur les zones de libre-échange, ces accords devraient être conformes aux dispositions correspondantes de l'OMC et tenir compte des conséquences pour les politiques communes de l 'Union et pour ses principaux partenaires commerciaux.

Sommaire


Mise à jour: 15 janvier 1997

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