Référence bibliographique: Boisdeffre, L. de. 1996. Etude comparative sur l'aide à la reduction de la pauvreté: Le cas de le France. Paris: DIAL.
Abréviations
1. La stratégie française de lutte contre la pauvreté
L'aide française se distingue par son caractère
généraliste. Elle ne semble pas guidée par
une approche globale clairement définie et les institutions
qui la gèrent interviennent de manière dispersée.
En matière de pauvreté, aucune stratégie
spécifique n'a encore été élaborée.
Pour en comprendre les raisons il convient de rappeler brièvement
les caractéristiques quantitatives (1) et institutionnelles
(2) de l'aide française, avant d'en dégager les
principales orientations (3).
Ainsi, en 1994, l'aide française s'élevait à 8,45 milliards de dollars, derrière celles du Japon (13 milliards) et des Etats-Unis (10 milliards). En termes de pourcentage du PIB (0,64%), elle se situait au cinquième rang mondial, derrière la Norvège, le Danemark, la Suède et les Pays-Bas. Sur les 36,7 milliards de francs d'aide bilatérale, l'Afrique totalisait 22,1 milliards.
Quoique déclinante (27% de l'aide publique en 1992 contre 37% en 1986/87), la part de l'aide destinée à la coopération technique reste supérieure à la moyenne du CAD (de 21% en 1992) et doit être rapprochée de la place accordée à l'éducation et à la culture dans la coopération française. L'aide sectorielle décline comme dans les autres pays du CAD, au bénéfice de l'aide programme et du réaménagement de la dette.
| Infrastructures sociales et services | |||
| dont Investissements et services éducatifs | |||
| dont Santé | |||
| Infrastructures économiques et services | |||
| Secteurs de la production | |||
| dont Agriculture | |||
| Destination pluri-sectorielle | |||
| Aide programme | |||
| Réaménagement de la dette | |||
| Aide alimentaire | |||
| Aide d'urgence | |||
| Concours aux organismes privés bénévoles | |||
| Autres | |||
| Total |
Source: CAD
La part de l'aide française versée au système des Nations-Unies (2% en 1992) et, plus généralement, celle de l'aide multilatérale (23%) est bien inférieure à la moyenne du CAD (respectivement de 7,7 et 30%). En pourcentage du PIB, l'aide multilatérale française s'inscrit, toutefois, dans la moyenne des pays du CAD. L'aide publique française est, enfin, moins concessionnelle (70% de dons contre 80%, en moyenne, pour le CAD), moins intermédiée par les ONG et plus liée (52% de l'aide est liée contre une moyenne de 33% pour le CAD) que celle des principaux donateurs.
Les bénéficiaires se scindent, outre les Territoires d'Outre-Mer (TOM), entre les « pays du champ » du Ministère de la Coopération, traditionnellement au nombre de 37, situés pour la plupart en Afrique francophone, et les pays « hors champ », qui échappent à la compétence de ce ministère. Cette compétence a été étendue , en mai 1995, à l'ensemble des pays ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique), en même temps que le ministère passait sous la tutelle des affaires étrangères, et à l'Afrique du Sud en 1996. Le champ d'intervention de la Caisse française de développement a été élargi de la même manière, mais s'étend au-delà des pays ACP (voir infra).
Les trois outils principaux de l'aide française sont la coopération technique, le financement de projets d'investissement et le financement hors projets, ou « soutien économique et financier »: aide à la balance des paiements, consolidations et annulations de dettes, aide alimentaire, aide à l'ajustement structurel...
Enfin, les acteurs de la coopération sont, outre les ministères techniques concernés, ceux de la Coopération (MC), des Affaires Etrangères (MAE), de l'Economie (ME), des Dom-Tom (MDTOM) et la Caisse Française de Développement (CFD).
Le CAD décrivait en ces termes, avant la réorganisation de 1995/96, le partage des attributions en fonction de ces trois composantes dans la « série des examens en matière de coopération pour le développement, France 1994 » de l'OCDE:
« Le MC est responsable de la coopération financière et technique avec les pays "du champ", où il est représenté par des missions de coopération et d'action culturelle auprès des ambassades de France. L'aide financière hors projet pour ces pays, notamment pour l'ajustement structurel de leurs économies, est gérée conjointement par le MC et le ME, ce dernier étant représenté par la Direction du Trésor. La CFD intervient aussi dans les pays "du champ", où elle est représentée par ses agences, et finance des projets d'investissement productif, tandis que le MC finance des projets d'infrastructure économique et sociale via le Fonds d'aide et de coopération (FAC). D'autres ministères spécialisés interviennent dans les pays "du champ" pour des actions de coopération technique, souvent par l'intermédiaire d'instituts spécialisés sous leur tutelle.
« Concernant les pays "hors champ", la DGRCST du MAE (Direction générale des relations culturelles, scientifiques et techniques) est chargée de la coopération technique (dont les programmes sont conçus et gérés par la Direction de la coopération au sein de la DGRCST). L'aide financière aux pays "hors champ" est administrée par la Direction du Trésor au ME. La CFD a été autorisée récemment à intervenir dans certains pays "hors champ" (Indochine, Ethiopie, Erythrée) pour financer des projets productifs, en plus des pays du Maghreb où elle est déjà établie comme institution d'aide. D'autres ministères interviennent aussi dans les pays "hors champ", suivant leur spécialité, avec des mesures de coopération technique.
« Le soutien aux TOM est géré et coordonné par le ministère des DOM/TOM; la CFD et les ministères spécialisés interviennent aussi dans ces territoires. »
| Ministère des Finances | ||
| Ministère de la Coopération | ||
| Caisse Française de Développement | ||
| Ministère des Affaires Etrangères | ||
| Autres | ||
| Total |
Source: Conseil Economique et Social
La multiplicité des intervenants induit une certaine complexité, qui nuit à la définition et à la mise en oeuvre d'une politique globale répondant à des objectifs clairement définis. D'où l'effort d'harmonisation de ce système:
Ces mesures s'inscrivent dans la réorganisation du dispositif d'aide, engagée depuis les élections présidentielles de 1995. Cette réorganisation vise à faire de l'aide française une composante prioritaire de la politique extérieure (d'où la nouvelle tutelle du Ministère des Affaires Etrangères sur celui de la Coopération), à harmoniser, clarifier et rationaliser les interventions, en renforçant les synergies et l'efficacité du dispositif. S'il est trop tôt pour en évaluer l'impact et l'effet unificateur, cette réforme, qui semble hésiter dans les méandres institutionnels, n'apparaît finalisée ni dans sa mise en oeuvre, ni dans ses orientations. Une illustration en est l'élargissement à mi-parcours du « champ » du Ministère de la Coopération: seul le Ministre a actuellement compétence sur les pays ACP, à l'exclusion des services du Ministère; qui plus est, le Fonds d'Aide et de Coopération (FAC), principal instrument du Ministère pour le financement des investissements, n'est pas habilité pour l'instant à intervenir dans les pays ACP situés en dehors du champ traditionnel.
« Notre coopération en matière de lutte contre la pauvreté, précise ce rapport, est fondée sur une approche privilégiant l'aide aux pays les plus pauvres, plus précisément aux PMA africains. Elle soutient principalement les actions contribuant à accroître la capacité des plus démunis à promouvoir leur propre développement (éducation, santé, accès au crédit et aux terres...). L'accent est également mis sur les actions en faveur de la démocratisation politique mais aussi économique (développement participatif, décentralisation, participation des femmes au développement).
« En tout état de cause, l'ensemble des projets engagés et soutenus par l'aide publique au développement française concourent, d'une manière ou d'une autre, à la réduction de la pauvreté ».
Mais au-delà de ces aspects généraux, la lutte contre la pauvreté ne s'affirme concrètement qu'à travers quelques programmes épars, allant de la coopération de proximité à la mise en place de nouveaux instruments financiers (voir chapitres 4 et 5). Ces programmes ne constituent en eux-mêmes ni une approche globale, ni une stratégie. L'examen des mécanismes et procédures d'attribution de l'aide révèle au contraire qu'aucune institution gérant l'aide française - Ministères de la Coopération, de l'Economie, des Affaires Etrangères, Caisse Française de Développement - n'a fait de la lutte contre la pauvreté un objectif à part entière et que "les pauvres" eux-mêmes, en tant que groupe social et concept économique, ne sont pas identifiés. Seules sont connues des formes de pauvreté, appelant des actions ciblées.
La priorité déclarée en matière de pauvreté, que ne confirment pas réellement les statistiques disponibles, procède donc plus d'un effet d'affichage que d'une orientation nouvelle et clairement définie dans ses objectifs, ses méthodes et ses moyens d'action. Ni concept défini, ni objet d'une stratégie organisée, ni critère d'attribution ou même de mesure de l'aide, la pauvreté, en tant que problématique spécifique, reste largement méconnue des institutions françaises. Elle n'apparaît donc pas comme un élément structurant de leur politique d'aide, laquelle s'organise davantage autour d'orientations macro-économiques ou sectorielles, que mettent en oeuvre des programmes décentralisés. Plus spécifiquement:
C'est donc sur la base d'estimations - contestées
par l'administration française - que le PNUD a chiffré
à 25,1% pour la France, dans son « Rapport sur
le développement humain, 1991 », la part de l'aide
destinée aux besoins prioritaires du développement
humain (éducation primaire, santé de base...), taux
le plus faible - après l'Italie (22,4%) - des pays industrialisés,
où la moyenne serait de 36,6%. En termes de pourcentage
du PNB, l'aide française affectée à ces besoins
prioritaires dépasserait toutefois assez largement la moyenne
de ces pays (environ 0,05% contre une moyenne inférieure
à 0,03%).
2. La gestion des actions contre la pauvreté à travers les programmes par pays
Pour la coopération française la réduction
de la pauvreté repose sur le développement économique
et non sur une stratégie propre et organisée. Faute
d'apparaître comme un élément structurant
de l'aide, la lutte contre la pauvreté ne s'affirme dès
lors pour la France qu'à travers quelques actions ciblées,
décrites aux chapitres 4 et 5. Les chapitres 2 et 3, relatifs
à la programmation et à l'aide financière,
lesquelles ne sont pas guidées par un objectif de pauvreté,
n'appellent donc pas de développement substantiels dans
le cadre de cette étude, qui se limitera au rappel de quelques
caractéristiques essentielles.
En premier lieu, la programmation est marquée par une certaine dispersion des interventions, liée à l'éclatement institutionnel du système français d'aide au développement: la programmation se fait séparément pour chaque administration responsable, à l'intérieur d'une enveloppe votée au Parlement. Une budgétisation sur plusieurs années existe pour l'aide à l'investissement (FAC, protocoles du Trésor), mais la coopération technique est soumise à la règle de l'annuité.
Pour les pays « du champ », l'instrument de cohérence des programmes d'aide est constitué par les politiques sectorielles de l'administration centrale (politique de l'eau, de la forêt, de développement local, de lutte contre la désertification...). Celles-ci ne s'organisent pas autour du thème de la pauvreté mais d'orientations techniques évolutives (en matière d'environnement, de réforme institutionnelle, d'efficacité économique et sociale...) appliquées à un domaine d'action précis. Ces politiques sectorielles fixent ainsi les principes et recommandations qui se dégagent de l'expérience acquise à un moment donné et que doivent respecter les missions locales en matière de programmation et de propositions. Elles constituent un élément nouveau des orientations de l'aide, qui étaient auparavant fondées sur la nature des projets, puis des programmes. Les commissions mixtes bilatérales, où sont définies d'un commun accord les orientations de l'aide française dans un pays donné, sont devenues moins fréquentes (tri ou quadriennales et non plus annuelles) et portent désormais sur ces stratégies sectorielles, qui servent à l'élaboration - par les représentations locales de la Caisse Française de Développement et du Ministère de la Coopération - des orientations à moyen terme (OMT), cadre de cohérence commun aux programmes de ces institutions.
Au Ministère de la Coopération, un département spécifique prépare la « programmation Etat » (représentant 55% du FAC 1990), qui fixe les enveloppes des missions sur le terrain. A l'intérieur de ces enveloppes, les missions établissent, en concertation itérative avec l'administration centrale sur les aspects budgétaires, mais de manière largement décentralisée quant à l'initiative et à l'instruction des projets, leurs programmes annuels en fonction des OMT retenues. Les programmes inter-Etats et d'intérêt général (représentant respectivement 12% et 23% du FAC 1990) sont instruits par l'administration centrale elle-même.
Pour les pays « hors champ », la programmation se fait sur proposition du Ministère de l'Economie pour les actions d'investissement (protocoles du Trésor) et sous forme d'une enveloppe globale pour la coopération technique.
Au Ministère de l'Economie, ce sont les postes d'Expansion Economique de la DREE (Direction des Relations Economiques Extérieures) qui instruisent et suivent sur le terrain les projets financés sur protocoles du Trésor. Leur enveloppe globale est votée au Parlement. Sa répartition entre les pays évolue peu d'une année sur l'autre. En 1995, l'Asie totalisait la moitié des financements, l'Amérique latine et l'Afrique 3 à 4 % seulement. En réalité, la gestion des projets entre le Trésor et la DREE conduit à de fortes pesanteurs institutionnelles, qui s'ajoutent à des considérations d'ordre économique, social, financier ou diplomatique pour déterminer la répartition géographique et sectorielle des fonds. Celle-ci ne s'inscrit donc dans aucune stratégie définie de lutte contre la pauvreté. Egalement gérée par le Trésor, l'aide alimentaire française, de la compétence du Ministre de l'Economie, n'apparaît neutre ni économiquement ni politiquement: d'une part, cette aide est souvent utilisée comme levier d'une présence diplomatique ou commerciale dans les pays qui connaissent un déficit alimentaire; d'autre part, elle est marquée par quelques régimes de faveur ou d'exclusion. L'aide alimentaire française, destinée à fournir les marchés locaux, n'a donc pas pour objet unique de répondre aux besoins des pauvres, mais s'inscrit plutôt dans des relations d'Etats.
De la même manière, en aval des projets, chacune des institutions d'aide possède sa propre structure d'évaluation. Au Ministère de la Coopération, une « mission chargée des études, des évaluations et de la prospective (MEEP) » organise trois types différents d'évaluations annuelles: sectorielles, géographiques ou de politiques des moyens. Celles-ci ne se limitent pas à un contrôle technique et financier, mais recherchent les effets en termes de développement des actions auditées. Ces évaluations ne comprennent pas de composante systématique sur la pauvreté, alors qu'il existe, par ailleurs, des cadres sur des thèmes tels que l'environnement ou le rôle des femmes au sein des projets.
Au Ministère des Affaires Etrangères,
un « Comité d'évaluation » existe
au sein de la DGRCST. A la Caisse Française de Développement
un « service Evaluations rétrospectives »
audite des projets et programmes opérationnels. Au Ministère
de l'Economie, la « cellule évaluation »
du Trésor confie à des experts externes des audits
par secteurs, par types d'aide, par pays bénéficiaires
et par projets. Cette cellule anime également un groupe
de travail comprenant les services d'évaluation du Ministère
de la Coopération, du Ministère des Affaires Etrangères
et de la Caisse Française de Développement, permettant
un échange et une coordination des travaux. Mais aucune
de ces structures n'a vocation à conduire des analyses
d'impact en termes de pauvreté.
3. La lutte contre la pauvreté à travers l'aide financière
Le « soutien économique et financier »,
qui s'inscrit dans les relations d'Etat à Etat, vise davantage
à restaurer les équilibres macro-économiques
qu'à protéger les populations vulnérables.
Hormis une priorité généralement donnée
aux dépenses destinées aux populations, notamment
celles de santé et d'éducation, dans l'affectation
des aides budgétaires (ou des fonds de contrepartie de
l'aide financière), il n'existe aucune politique française
définie, ni active, ni incitative, de réduction
de la pauvreté des personnes à travers l'outil financier.
Ceci est d'autant plus vrai que, jusqu'à une date récente,
cette aide répondait principalement à une logique
d'affectation, et non de conditionnalité, et qu'elle s'inscrit,
depuis 1993, pour les programmes d'ajustement, dans le sillage
des conditionnalités du Fonds Monétaire International
et de la Banque Mondiale. L'aide financière française
se partage, pour l'essentiel, entre le traitement de la dette
(Club de Paris, attentif à la situation des pays
les plus pauvres, non à celle des individus les
plus pauvres), à hauteur de 40% du total en 1992, les aides
budgétaires (25% du total), accordées de manière
ad hoc par les autorités françaises - en général
en dehors de toute convention - et les concours à l'ajustement
structurel (20%). Aucun de ces trois instruments n'a introduit
de conditionnalité en matière de lutte contre la
pauvreté.
Les concours à l'ajustement structurel, outre
les cofinancements de programmes multilatéraux, alimentent
certains programmes bilatéraux d'ajustement, préparés
de manière tripartite par le Ministère de l'Economie,
le Ministère de la Coopération et la Caisse Française
de Développement, et exécutés dans le cadre
d'une convention avec le pays receveur. Jusqu'en septembre 1993,
ces concours (généralement affectés à
des dépenses budgétaires ou des programmes d'appui)
débouchaient rarement sur des conditionnalités autres
que techniques. Depuis, ils ne peuvent concerner que les pays
signataires d'un accord avec les institutions de Bretton-Woods,
ce qui en accroît la conditionnalité macro-économique,
mais non point la dimension sociale. En dehors des revues de dépenses
publiques, ils ne font pas l'objet d'une évaluation régulière
quant à leurs résultats. Leur impact sur la pauvreté
n'est donc pas appréhendé.
4. La réduction de la pauvreté
à travers l'aide projet
Il n'existe aucun mécanisme général,
ni dans la conception, ni dans l'exécution, ni dans l'évaluation
des projets, visant à intégrer la lutte contre la
pauvreté comme composante et objectif de ceux-ci. L'aide
française dispose toutefois de programmes ciblés
en direction des populations vulnérables tels que les financements
décentralisés de la Caisse Française de Développement,
en faveur de petites entreprises et de ménages pauvres,
ou le Fonds Social de Développement. Ces programmes méritent
d'être présentés dans la mesure où
ils visent effectivement des groupes cibles et des populations
vulnérables et où ce sont les seuls à avoir
été retenus par la Caisse Française comme
relevant explicitement de la lutte contre la pauvreté.
Pourtant très en vogue ces dernières années, la difficulté et le coût du suivi par les agences de la Caisse Française de Développement d'une multitude de projets et les faibles taux de remboursement (65%) ont conduit, dans un premier temps, la Caisse française à rechercher des structures d'appui pour le suivi des opérations, trop coûteux en temps pour ses agences locales, puis à remettre en cause la poursuite de ce programme.
« Destiné à atténuer les effets négatifs immédiats de la dévaluation - hausse des produits importés, du coût de l'énergie et des transports, baisse du pouvoir d'achat des ménages, le FSD s'adresse en priorité aux populations les plus vulnérables.
« Dès les six premiers mois, l'impact de cette opération conjoncturelle a été considérable. Elle a permis de conduire de nouvelles opérations de coopération fournissant des revenus immédiats aux populations les plus touchées par la dévaluation, notamment dans les quartiers urbains. Le dispositif même du FSD, qui relève à la fois du Fonds d'aide et de coopération et de la Caisse française de développement, a innové en créant un comité de gestion qui associe aux bailleurs (missions et agences) les représentants de l'Etat bénéficiaire. Ce fonds d'urgence, d'utilisation immédiate, est attribué sous forme de don à des associations, des collectivités locales, ou des partenaires économiques non étatiques qui proposent des projets ne dépassant pas deux millions de francs.
« En 1994, les opérateurs sont intervenus dans deux secteurs dominants: l'aménagement urbain et les besoins de base en formation et santé. Fortement encouragée, l'ouverture de chantiers d'intérêt public à haute intensité de main-d'oeuvre a permis la création de revenus temporaires notamment chez les chômeurs urbains. Les autres groupes soutenus par le FSD ont été les populations défavorisées, les jeunes, les femmes seules, les migrants, les malades, les orphelins du Sida, et les habitants des quartiers les plus pauvres dans les villes. Mais cette coopération de proximité s'est aussi adressée aux associations de parents d'élèves et aux groupes à potentiel économique: artisans, micro-entreprises, groupements de femmes »
| Pays les moins avancés (PMA) | |||||||
| Sénégal | |||||||
| Mali | |||||||
| Burkina Faso | |||||||
| Niger | |||||||
| Tchad | |||||||
| République Centrafricaine | |||||||
| Bénin | |||||||
| Togo | |||||||
| Guinée équatoriale | |||||||
| Comores | |||||||
| Total PMA | |||||||
| Pays à revenu intermédiaire (PRI) | |||||||
| Cameroun | |||||||
| Congo | |||||||
| Côte d'Ivoire | |||||||
| Gabon | |||||||
| Total PRI | |||||||
| Divers | |||||||
| Total général (PMA + PRI + Divers) |
* La répartition entre moyens du FAC et de la CFD procède de leurs vocations propres : en particulier, la CFD ne peut faire de dons aux PRI. La répartition privilégie les pays à forte population urbaine, dont la consommation est plus dépendante des importations.
| secteurs | ||
| rural | ||
| action économique | ||
| urbain | ||
| éducation | ||
| santé/médicaments - action sociale | ||
| Total |
Sources : Ministère de la Coopération
« Laboratoire » d'une nouvelle
coopération de proximité bénéficiant
aux populations à travers des réalisations concrètes
et rapides qui associent la société civile et les
collectivités sur le terrain, le FSD a été
reconduit en 1995 et pérénisé depuis sous
la forme d'un « Fonds Social de Développement »,
auquel les missions locales ont instruction de consacrer 15% du
montant des programmes pays, ce seuil pouvant être dépassé
avec l'accord de l'administration centrale. Ceci témoigne
d'une prise de conscience que l'aide doit évoluer vers
des projets participatifs, porteurs d'effets d'entraînement
et répondant directement aux besoins des plus pauvres,
souci que les crédits déconcentrés d'intervention
(CDI), mis à la disposition des missions locales dans les
années 1970 pour financer de manière déconcentrée
des opérations de moins de un million de francs jusqu'à
hauteur de 10% des programmes pays, ne semblent pas avoir pleinement
intégré.
5. Autres canaux de la lutte contre la pauvreté
Dans une acception large, le développement
local, l'appui à la décentralisation, la coopération
décentralisée et l'appui à l'action des ONG
relèvent de la lutte contre la pauvreté lorsqu'ils
agissent sur la situation des plus démunis, même
si leurs objectifs et priorités sont plus larges et si
la lutte contre la pauvreté n'est pas nécessairement
la préoccupation première.
« Les stratégies de développement rural, qui, jusque-là, privilégiaient l'approche "gestion de terroirs", centrée sur la mise en valeur du patrimoine naturel (agriculture, élevage, exploitation des forêts), ont évolué, ces dernières années, vers une approche plus globale en faveur d'un "développement local". Celui-ci s'efforce d'associer les communautés rurales à l'ensemble du développement de leur région.
« Pour répondre à cette nouvelle orientation, le ministère de la Coopération soutient la structuration de la société rurale en Afrique en appuyant, notamment, la maîtrise d'ouvrage de projets villageois (aménagements fonciers, équipements sociaux...). Il contribue également à la mise en place de systèmes de financement décentralisés, qui permettent une gestion et des prises de décision au niveau local ».
Le développement local recherche donc la participation des populations concernées à la conception et la mise en oeuvre des projets qui engagent leur avenir. Cette forme participative de coopération pourrait s'appuyer utilement sur des collectivités responsables aux représentants élus - à la fois opérateurs locaux et interfaces entre les bailleurs et les populations - dans le cadre d'une décentralisation administrative des institutions africaines.
Devenue un thème institutionnel majeur de la réflexion française sur le développement en Afrique, la décentralisation est actuellement perçue par le ministère de la Coopération comme une réponse à la nécessité de redéfinir le rôle de l'Etat, d'asseoir la démocratie sur des fondements concrets et d'accroître la participation des citoyens au processus de développement. Après y avoir consacré des moyens humains et une enveloppe de l'ordre de six millions de francs en 1994, le ministère résume ainsi les enjeux du développement municipal, dans son rapport d'activité précité:
« La décentralisation devrait alors permettre de dynamiser le développement économique local. Malgré la situation actuelle de crise, qui marque l'échec d'un modèle économique qui donnait un rôle moteur à l'Etat, les municipalités africaines sont devenues l'un des principaux opérateurs du développement local.
« Par les marchés qu'elles lancent, les impôts et les taxes qu'elles prélèvent, leur capacité à mobiliser les acteurs locaux, leur capacité d'emprunt, elles pourraient influencer de façon positive le devenir économique de la région. Pour autant, il ne s'agit pas d'imposer un modèle "par le haut", de transférer au niveau local les pratiques de gestion opérées au niveau de l'Etat, ni d'épouser les schémas occidentaux.
« L'appui au processus de décentralisation privilégie une vision "à la base" qui pose la question des besoins locaux (quels services aux populations, quels moyens humains et financiers pour les organiser?) et de l'appropriation des collectivités locales par les sociétés africaines ».
Pour promouvoir une véritable « culture communale » en Afrique au travers d'actions de formation, d'échanges d'expérience et de travail en réseau des acteurs africains, le ministère de la Coopération souhaite s'appuyer sur la coopération décentralisée, celle-ci s'entendant de l'aide directe apportée par les collectivités territoriales françaises à leurs partenaires des pays en développement.
Le Ministère de la Coopération et le Ministère des Affaires Etrangères appuient financièrement ces différents projets jusqu'à hauteur de 50%, pour des montants ayant atteint respectivement 28 et 25 millions de francs en 1995. La Coopération française soutient également l'action des collectivités territoriales françaises en Afrique à travers des contrats de plan, des conventions cadre et le dialogue d'Etat à Etat.
| Domaines | |
| Education au développement | |
| Santé | |
| Social | |
| Economique (commerce, artisanat, entreprises, énergie...) | |
| Rural (agriculture, pêche, forêt, environnement...) | |
| Formation professionnelle - Enseignement | |
| Autres | |
| Total |
Source: Ministère de la Coopération
6. Conclusion
Du point de vue de la pauvreté l'aide française
apparaît spécifique: la pauvreté n'est affichée
comme priorité concrète dans aucune institution
d'aide; elle n'est pas intégrée aux processus de
programmation ni d'évaluation; elle ne fait l'objet d'aucune
stratégie propre ou politique définie; elle n'apparaît
ni comme un concept de développement, ni comme un objet
statistique, ni comme un critère d'attribution de l'aide.
Enfin, selon les institutions internationales, la part de l'aide
française totale affectée aux besoins prioritaires
du développement humain est faible. Les raisons de cette
spécificité peuvent être recherchées
dans trois directions principales.
Une première raison est d'ordre « philosophique » ou sémantique. En effet, la conception française rapproche bien souvent « pauvreté » et « indigence ». Les pauvres deviennent ainsi ceux qu'il faut aider par devoir de solidarité, abstraction faite des particularités circonstancielles qui expliquent la situation de précarité et des possibilités d'évolution individuelles qui permettraient d'en sortir durablement. Dans cette conception, qui repose aujourd'hui plus sur une notion "d'évidence" admise, que sur une réflexion approfondie et vérifiée, la pauvreté n'est pas perçue comme un phénomène à part, obéissant à des lois spécifiques, évolutif et sur lequel on peut agir directement, mais plutôt comme un état, relativement durable, qui s'origine dans « le sous-développement » en général et procède de causes multiformes. Il n'y a donc pas lieu, dans cette approche, d'élaborer une stratégie propre (à l'instar de la stratégie pour la survie de l'enfant, mise en place, dans un autre domaine, par James P. GRANT à l'UNICEF et fondée sur quatre programmes prioritaires) pour juguler des mécanismes de pauvreté clairement identifiés. Une telle stratégie apparaîtrait, sinon utopique, du moins peu opérationnelle en termes d'efficacité économique et sociale et peu rationnelle d'un point de vue stratégique parce qu'elle agirait de manière palliative, c'est-à-dire sur les symptômes de la pauvreté et non sur ses causes, multiformes et identifiées au sous-développement. L'approche française débouche donc sur une réponse sectorielle limitée - agir sur quelques formes de précarité bien connues par des programmes ciblés ayant fait leurs preuves - et privilégie l'action transversale en faveur du développement, jugé seul capable de relever le défi de la pauvreté, à l'exclusion de toute stratégie organisée. C'est ainsi qu'il faut comprendre la position française exprimée dans le memorandum présenté au CAD pour l'exercice 1992:
« En tout état de cause, l'ensemble des projets engagés et soutenus par l'aide publique au développement française concourent, d'une manière ou d'une autre, à la réduction de la pauvreté ».
Dès lors, l'idée, développée notamment par la Banque mondiale, selon laquelle la mise en valeur de la capacité productive des pauvres permettrait de relever le double défi de la lutte contre la pauvreté et de la croissance apparaît largement absente des réflexions françaises.
La seconde raison est liée à l'histoire: l'aide française reste largement dominée par les relations d'Etat à Etat, auxquelles sont réservés plus des trois quarts de l'aide publique bilatérale.
En premier lieu, ces liens spéciaux rendent largement caduque la question de la répartition géographique de l'aide en fonction d'un critère de pauvreté: la priorité africaine permet ipso facto d'en affecter une grande partie aux PMA.
En deuxième lieu, ils ont fait de l'aide française l'héritière d'une « coopération de substitution » - née des Indépendances et marquée par une assistance technique forte et des interventions éparses là où la capacité nationale faisait défaut - qui n'a pas achevé sa mutation vers la « coopération de partenariat », fondée sur l'autonomie et la responsabilité des pays receveurs et privilégiant le renforcement des capacités nationales.
Le manque de priorités claires, de stratégie en général, de coordination avec les autres donateurs sur le terrain en vue d'une définition et d'une gestion communes des politiques et des programmes décentralisés, la dispersion des interventions et une coopération où la dimension culturelle est forte et les relations bilatérales sont privilégiées apparaissent ainsi comme le résultat de l'histoire et de ces liens particuliers d'Etat à Etat. Or, la lutte contre la pauvreté va au-delà des logiques d'Etats. Centrée sur l'individu, elle appelle certes le concours actif des pouvoirs publics, mais aussi une stratégie coordonnée des acteurs du développement, une démarche participative de la société civile, impliquant des opérateurs locaux, générant des effets structurants et demandant du temps. La prise de conscience française en faveur de la « coopération de proximité » témoigne bien d'une évolution de pensée et d'action vers cette approche participative. Mais cette évolution demeure lente et encore limitée, la lutte contre la pauvreté ne mobilisant, en France, selon les organisations internationales, qu'une faible part de l'aide totale - et de la réflexion.
Un dernier motif du manque de mobilisation autour du thème de la pauvreté est d'ordre statistique, l'orientation géographique de l'aide française renforçant la difficulté de la définition et la mesure de la pauvreté pour les institutions qui gèrent cette aide. En effet, l'élaboration d'une stratégie et d'un suivi de la pauvreté impliquerait l'identification de groupes-cible, la construction d'indicateurs sociaux, de revenus, de redistribution. Il faudrait disposer d'une information statistique fiable, pertinente et suivie sur la pauvreté dans ses différents aspects. Or, outre de l'isolement fréquent des populations vulnérables, les pays ACP, bénéficiaires de la majeure partie de l'aide française, souffrent d'importants retards dans leurs systèmes d'information. La Coopération danoise (dans un rapport de mars 1995, préparé par le Centre de Recherche en Développement et portant sur l'ajustement structurel) estime ainsi qu'en Afrique la distribution des revenus n'est renseignée avec certitude et régularité que pour 6% de la population (contre 55% en Amérique latine et 95% en Asie), ce qui paraît exclure pour le moment toute analyse et tout suivi pertinents de la pauvreté et de ses mécanismes, sauf à utiliser et relancer les travaux conduits à cette fin dans le cadre de la Dimension Sociale de l'Ajustement (DSA). Or, ce programme conjoint du PNUD et de la Banque mondiale, dans lequel la France ne s'est jamais sérieusement impliquée ces dernières années, ne semble pas avoir débouché, à ce jour, sur des résultats concluants. Dans ces conditions, le renforcement effectif du système d'information en matière de pauvreté apparaît comme un objectif préalable à la mise en oeuvre de stratégies efficaces et suivies de lutte contre la pauvreté en Afrique et, partant, à une évolution de la position de l'administration française sur ce thème majeur du développement. Pour les pays de l'UEMOA (Union Economique et Monétaire Ouest Africaine), il est à espérer que l'institution du système de surveillance multilatérale des politiques macro-économiques prévu au traité de l'Union, laquelle portera notamment sur la répartition des revenus, permettra, à terme, la réalisation de cet objectif.
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